• Laure

Hygiène Naturelle Infantile "Vous avez dit "pas de couches ???"

Dernière mise à jour : 20 avr. 2021



Ma chère Katerina, ma copine repartie pour son Chili natal et qui me manque déjà...

C'est à toi que je pense lorsque je commence à rédiger cet article au sujet de l'HNI, « la chenille ???? » avec ton joli accent, ça nous faisait bien rire. HNI pour Hygiène Naturelle Infantile, un acronyme qui m'était totalement inconnu avant que je ne croise ton chemin et assiste à une formation que tu donnais sur le sujet et qui serait le début de notre belle amitié.

A mon tour, je partage mon expérience de l'HNI, une façon de faire utilisée dans de nombreux pays du monde et assez méconnue sous nos latitudes.

Il paraît en effet évident d'utiliser, dès la naissance, des couches pour nos bébés qu'elles soient jetables, lavables, bio, chimiques, controversées, adoubées, elles semblent inévitables. D'ailleurs avec l'expansion du modèle social occidental, les couches arrivent partout dans le monde et tendent à réduire, voir à supprimer les techniques naturelles d'hygiène infantile. C'est regrettable car ces méthodes naturelles sont simples d'usage et elles sont également très bénéfiques pour l'estime et la confiance en soi.

C'est ce premier argument qui m'a d'abord séduit. Nous étions avec mon compagnon, dans une démarche de parentalité bienveillante, de recherches autour de l'autonomie de l'enfant, d'éducation positive, à travers des pédagogies comme celle de Maria Montessori par exemple. L'Hygiène Naturelle Infantile s'inscrit dans ce principe car elle permet au bébé, même très jeune, de se sentir responsable de son intimité, propre et de commencer à gérer ses soins corporels. Aucun mammifère (même le cochon:)), ne fait ses besoins sur lui ou là où il mange ou dort. C'est une question d'hygiène et de dignité. Et l'enfant, même très jeune, y est extrêmement sensible. Il se sent valorisé, reconnu, fier, lorsqu'il perçoit qu'il lui est laissé la possibilité de faire seul, qu'il y arrive ou non.

Car la deuxième chose qui me semblait très intéressante dans cette façon de faire, c'est que l'objectif de l'HNI n'est pas la propreté, il ne s'agit pas de « continence » mais bien d'hygiène personnelle et d'autonomie. Débarrassés de l'atteinte d'un objectif et simples spectateurs des possibilités infinies de nos enfants, nous les accompagnons dans une démarche qui va favoriser leur estime d'eux-même et sommes à l'écoute de leurs périodes sensibles et de leurs envies d'apprendre. Pour la propreté, il semblerait que la période sensible ait lieu entre 12 et 18 mois (ce que j'ai constaté chez ma fille également). Or, comme notre modèle est lié à la rentrée scolaire en maternelle, nous « oublions » de regarder cette période et nous sommes presque persuadés qu'il est impossible d'être « propre » avant 2 ans ½ – 3 ans. Nous mettons en place l'apprentissage de la propreté pour la rentrée de septembre, sans nous soucier de savoir si notre enfant en manifeste le désir à ce moment précis. Mécaniquement, la continence est liée à la marche. Le bébé est capable de se retenir et de contrôler son sphincter à partir du moment où il peut monter une marche d'escalier. Mais l’intérêt de l'enfant, lui, n'a pas de rapport avec la capacité physique à être propre. Il aime apprendre et faire par lui-même. Et c'est ce que l'HNI lui propose. Il s'agit d'utiliser bien d'autres fonctions que la mécanique simple du corps.

Les manières de faire varient d'une famille à l'autre et je n'expose que ma propre expérience, qui n'a pas de valeur générale et n'est pas une définition de l'hygiène naturelle infantile ou de sa pratique.

Dans bien des pays, cette méthode se pratique dès la naissance. Nous avons rencontré l'HNI alors que notre fille avait 7 mois et que nous utilisions des couches lavables (avec lesquelles nous avions un peu de mal, elles fuyaient souvent, s'encrassaient, donnaient des rougeurs, bref, expérience peu concluante pour nous). Lorsque Katerina me parla de l'HNI, je décidai de profiter des beaux jours (nous étions début juin) pour tenter l'aventure de laisser mon bébé sans couche le maximum de temps. Premier investissement, un pot ! Ma fille savait s'assoir, pour les plus jeunes bébés, le lavabo ou la douche sont parfaits. Le principe étant de proposer le pot ou le lavabo aux moments « stratégiques » ; tous les levés, après les tétées ou biberons, et plus généralement, toutes les heures ou 2 heures. Et d'utiliser des sons pour accompagner la mise au pot. Chez nous, une vibration de la langue « Prrrrrrr » signifiait « caca » et un « Pssssss » signifiait « pipi ». Donc à chaque fois que ma fille faisait pipi, je faisais ce son, pareil pour caca.

Beaucoup de parents savent, reconnaissent que leur enfant est en train ou à envie de « faire » Souvent, le parent va interrompre la conversation et dire « oh, il a sa tête du caca » ou « là, je sais qu'elle fait pipi ». Ce sont donc des moments simples à identifier et lors desquels il est facile - si on est à la maison le week-end par exemple - de proposer le pot. Ou de faire le son simplement, pour marquer l'action.

A ma grande surprise, très rapidement (au bout de 2 ou 3 fois seulement!), ce fut ma fille qui modula ces sons selon les cas. Elle avait lié le son avec ce qui se passait. Nous pratiquions également la langue des signes avec elle et nous avons joint le signe au son, elle pouvait donc voir et entendre, ce qui a facilité la compréhension je pense. A partir de là, même lorsqu'elle avait une couche, elle faisait le son quand elle faisait pipi et/ou caca. Quelle joie pour elle et pour nous de pouvoir communiquer si facilement sur le sujet ! Clairement, à ce moment-là, elle a pu commencer à nous dire ses besoins, par exemple dès qu'elle était mouillée, elle voulait une couche sèche et elle savait nous le dire.

Nous avons continué tout l'été, avons accepté les pipis par terre et les pipis dans la couche alors que nous venions juste de la remettre après 2h les fesses à l'air, l'incrédulité de l'entourage, voir les douces moqueries. Aucune prise de tête lorsque l'hiver est revenu, nous faisions le HNI quand nous le pouvions, à la maison, chez la famille proche et toujours les sons et les signes, toujours en expliquant à notre fille pourquoi on enlevait la couche, pourquoi on la remettait, et toujours sans aucune pression de résultats.

Nous sentions grandir son intérêt pour son hygiène corporelle, elle voulait se laver les dents (seule), de frotter avec le gant de toilette (seule), se laver les mains (seule) et maitriser ses besoins naturels également. Elle voulait aller au pot, avoir une couche sèche. Les selles avaient presque toujours lieu au pot et ce, depuis ses 10 ou 11 mois.

A l'été suivant, elle avait donc environ 20 mois, nous avons décidé de retirer définitivement la couche en journée. En effet, elle en manifestait l'envie et c'était le seul moyen de répondre à son besoin, même si nous allions passer par une phase un peu chaotique.

Je vais ouvrir une parenthèse. Une parenthèse qui me tient à cœur car sans ce qui suit, jamais je n'aurais réussi à maintenir le cap et à m'affranchir de la notion de résultat et d'objectif.

J'ouvre la parenthèse «papa». En effet, le rôle de Tristan a été décisif pour le bon fonctionnement de l'HNI dans notre famille. Lorsque je lui ai parlé de l'HNI, il a d'abord été très intéressé. Comme dit plus haut, toutes les démarches d'autonomisation de l'enfant et d'exploration des périodes sensibles nous semblaient pertinentes et à étudier de près. Et c'est donc lui qui a mis au point la méthode. Il a imaginé comment faire et c'est lui qui gardait le cap de l'autonomie à tout prix mais sans objectif de «propreté». Et lorsque j'étais perdue ou trop fatiguée (allaitement long donc nuits courtes), c'est lui qui me disait quoi faire et j'agissais parfois comme un robot, en suivant ses instructions. Ou bien, quand il le pouvait, il prenait le relais et c'est lui qui gérait les pipis par terre et autres.

C'est donc en équipe que nous avons attaqué l'été sans couche. Nous avons la chance de passer presque 1 mois dans une maison de famille en bord de mer et donc de vivre dehors la plupart du temps. Et heureusement car ce fut un mois entier de pipis partout ! Tristan toujours en soutient pour garder le cap, il savait que sa fille était prête, qu'elle en avait envie et il a eu raison car en rentrant de vacances, s'en était bel et bien fini de la couche ! Durant l'été, nous avons redoublé de propositions pour aller au pot, chaque levés, avant la sieste, avant et après chaque repas, répondu à chaque signe qu'elle pouvait manifester et nous nous sommes baladés partout avec notre pot en bandoulière:) Chaque manquement a occasionné des "accidents", la rigueur dans nos propositions s'est avérée essentielle, notre fille ne comptait, à ce moment-là, que sur nous pour gérer la mise au pot.

Finalement, elle a acquis la continence simplement et sans aucune pression à l'age de 21 mois environ.

Cette expérience inattendue a été très enrichissante à maints égards, que ce soit sur le regard porté sur l'enfant en sa qualité de personne, l'observation de ses immenses capacités, la communication non verbale, le lâcher prise, la confiance envers son partenaire, envers son bébé, envers soi-même.

Tous les enfants finirons par être « propres », la question, c'est quel chemin l'adulte leur proposera pour y parvenir.




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